Le bac pro, une voie de garage ? Pas si vite ...

Le nombre de bacheliers professionnels (détenteurs d’un Bac Pro) augmente régulièrement : en 2014, ils étaient 160 000, soit 30 % du nombre total de bacheliers et le double par rapport à 1995. Alors pourquoi, malgré ce succès avéré, persistent encore autant de préjugés sur les lycéens qui choisissent de faire un bac pro ?

Une image trop souvent mise à mal

Victimes d'une mauvaise image, de nombreuses idées reçues persistent à l’égard des filières professionnelles. On en parle encore comme « d'une voie de garage » pour les élèves qui décrochent. Bien souvent lorsqu’un collégien est orienté en bac professionnel on suppose que c’est parce qu’il a de sévères lacunes, qu’il manque de sérieux et/ou qu’il n’a pas les capacités pour poursuivre en filière générale.

D’autre part, le  terme « Etablissement professionnel » rime bien souvent avec violence. La majorité des élèves étudiant en bac professionnel sont issus de familles ouvrières : 51 % d’entre eux exactement alors que c’est le cas pour seulement 17 % des élèves en terminale scientifique. Les établissements qui se situent dans les quartiers les plus défavorisés proposent généralement les filières les moins attractives et concentrent alors toutes les difficultés scolaires et sociales, ce qui entretient ce climat de violence.

Afin de mettre un terme à ce cercle vicieux, l’Inspection Générale de l’Education Nationale a publié en décembre 2014 un rapport qui recommande de privilégier les lycées mixtes : des lycées regroupant au sein d’un même établissement des sections générales, technologiques et professionnelles. Cela permettrait d’éviter ce phénomène de ghettoïsation que subissent certains établissements. Cependant ce rapport, sorti sans bruit, n’a pour l’instant pas été suivi d’effet.

Impossible de faire des études après un bac pro ?

On s’imagine fréquemment que la poursuite d’études est inenvisageable à la suite d’une filière professionnelle et qu’il est préférable de redoubler plutôt que de s’engager dans cette voie.

Pourtant cette solution n’est pas toujours la plus pertinente « Quelqu’un qui veut aller à tout prix en voie générale ne résout rien, assure Michel Müller, chef de service à l’Onisep (Office national d’information sur les enseignements et les professions). Des élèves qui ont leur bac S à l’arraché avec un mauvais dossier se ferment plus de portes pour l’avenir que s’ils avaient choisi une filière spécialisée qui leur corresponde mieux. »

Une idée demeure pourtant, ancrée : sans bac général, point de salut !

Résonnant comme un aveu d’échec,  Denis Maréchal-Cordebard (qui participe à des réunions d’information dans les collèges parisiens pour présenter le lycée professionnel Abbé-Grégoire) constate que les parents n’osent pas montrer devant les autres qu’ils s’intéressent à ces filières pour leur enfant.

Or ce diplôme, censé marquer la fin des études et l’entrée sur le marché du travail, a évolué de manière significative et est aujourd’hui devenu un accès à l’enseignement supérieur.

Un tremplin vers des études supérieures

Si le bac pro offre rapidement des possibilités d’emploi, les bacheliers ne se lancent pas tous dans la vie active, une fois diplômés. En effet, Ils sont de plus en plus nombreux à vouloir poursuivre leurs études : au niveau national, ils sont 60 % à tenter leur chance dans le supérieur dont 8 % sur les bancs de la fac. 30% y parviennent, alors qu’ils n’étaient que 23 % il y a 5 ans et seulement 17 % 10 ans plus tôt.

C’est le cas pour Mylène Calabre qui a choisis d’entrer en BTS après l’obtention de son bac « esthétique ». Elle souhaite quitter sa ville natale pour une nouvelle vie à Lyon. « Je ne me voyais pas entrer en institut et ne faire que des épilations et des soins du visage », explique-t-elle. Dans son tailleur parfaitement ajusté, Mylène rêve d'« international », de « management » et de « grandes maisons de luxe ».

Une nouvelle filière 100 % en alternance ?

La voie d’accès aux études supérieures la plus naturelle pour les bacheliers professionnels est le brevet de technicien supérieur (BTS). Malheureusement, elle est souvent prise d’assaut par les bacheliers généraux et technologiques, et ce malgré la loi dite « Fioraso » de juillet 2013 qui vise à instaurer des quotas par académie pour faciliter l’entrée de ces bac pro en BTS. Faute d’alternative, les étudiants se retrouvent sur les bancs de l’université où ils échouent : leur taux de réussite en première année n’est que de 3,5 %.

Pour résoudre ce problème, Geneviève Fioraso veut créer une voie spécialement dédiée aux bacs pro – baptisée section professionnelle supérieure – qui délivrera un nouveau diplôme : le brevet professionnel supérieur (BPS). Elle se fera entièrement en alternance.

Dès 2015, des essais auront lieu pour mettre à jour cette nouvelle formation. Le démarrage est prévu pour 2016. Tous les établissements sont concernés : lycées, IUT et universités.

Ce parcours spécifique devrait leur permettre d’intégrer une licence professionnelle et pourquoi pas un master, voire une école d’ingénieur, grâce à des passerelles. Et par la suite de s’insérer plus facilement sur le marché du travail.

L’objectif fixé par la secrétaire d’Etat est de parvenir à 150 000 étudiants en alternance d’ici à la fin du quinquennat et 200 000 d’ici à dix ans, contre 135 000 aujourd’hui.

Source : "Le bac pro s'impose comme une voie d'accès vers le supérieur" Le Monde 12/06/14

Source : "Au secours on oriente mon enfant en bac pro !" Le Parisien 24/02/15

Source : "Une nouvelle filière pour les bacs pro" Le Monde 19/12/14

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