Alain Boissinot : recréer une culture commune entre lycées et universités

Chaque année, 630 000 jeunes sortent du système éducatif sans diplôme après le baccalauréat. Selon une étude réalisée par Opinionway en 2015, parmi les jeunes qui entament un cursus post-bac, trois sur dix regrettent leur choix d’orientation et un quart d’entre eux se réorientent.

Pour Alain Boissinot, ancien recteur de Versailles, ce problème peut être abordé en renforçant le lien entre le lycée et les études supérieures.

Comment expliquez vous que beaucoup de jeunes disent avoir été mal orientés ?

A.B : Les résultats de l’étude montrent que de nombreux jeunes ont été mal orientés. L’année de terminale peut représenter une période de stress pour les élèves qui se concentrent sur l’épreuve ultime qui conclut les trois années de lycée, le baccalauréat. La question de l’orientation, quant à elle, arrive tard : 76% des étudiants commencent à réfléchir à leur choix d’orientation au lycée. Ce retard dans le questionnement peut en partie expliquer que les choix exprimés sur le site Admission Post Bac, qui détermine l’orientation des futurs bacheliers, ne soient pas nécessairement les plus adaptés. Les itinéraires conçus au lycée n’ont pas de prolongement cohérent dans l’enseignement supérieur et le changement est trop brutal.

Comment augmenter le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur ?

A.B : Grâce au bac professionnel. Ce diplôme ne prépare pas à la poursuite des études supérieures mais à l’insertion professionnelle. Et pourtant, de plus en plus d’étudiants ayant ce bac en poche souhaitent intégrer l’enseignement supérieur : néanmoins, l’état impose des quotas dans les filières accessibles par les bac pro. Il existe donc un paradoxe : le nombre d’étudiants au bac général, qui lui a été créé pour la poursuite d’études supérieures, diminue et l’état souhaite augmenter le nombre de diplômés post-bac.

Le bac général souffre en effet d’une mauvaise articulation entre lycée et études supérieures : la filière scientifique regroupant le plus d’élèves ne fournit pas suffisamment d’étudiants scientifiques. Elle est devenue une filière générale pour bons élèves. La filière Economique et Sociale souffre d’une mauvaise image : les écoles de commerce préfèrent recruter des bacheliers S.

Comment établir un lien plus fort entre le secondaire et le supérieur ?

A.B : Il faut arrêter de réformer l’enseignement scolaire sans tenir compte de ce qui vient derrière. Dans le secondaire, les habitudes ont la vie dure : on croit au découpage disciplinaire alors que dans le supérieur, l’interdisciplinarité est courante, les deux cultures sont différentes.

On peut distinguer deux approches :

-       S’inspirer des anglo-saxons : dans ce modèle, les lycéens peuvent composer leur menu scolaire « à la carte » grâce à des modules de différentes matières : il n’y a plus de séries. Les élèves se spécialisent progressivement après le bac.

-       Conserver seulement deux grandes voies : avec un champ de matières beaucoup plus large qu’aujourd’hui.

Et quel est le rôle des enseignants (du secondaire et du supérieur) ?

A.B : Lors de la recherche d’orientation en terminale, il a été observé que beaucoup d’enseignants étaient en difficulté pour conseiller les élèves, puisque leur image du supérieur date de l'époque où eux-mêmes étaient étudiants. Les enseignants du secondaire et ceux du supérieur doivent se rencontrer, échanger sur leurs méthodes pédagogiques et leurs disciplines.

Lorsqu’une culture commune entre secondaire et supérieur sera créée, les nouveaux bacheliers trouveront leur voie plus facilement.

Source : L’Etudiant.fr

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